Des soins généraux à la réanimation : comment le COVID a changé ma carrière
Je n'avais pas prévu de devenir infirmière en réanimation. En 2020, j'étais infirmière en service général — à l'aise, compétente, et honnêtement, les soins intensifs ne me traversaient même pas l'esprit. Puis le COVID est arrivé, et tout a changé.

L'avant
Les soins généraux, ça me convenait. C'était même bien. J'aimais mes patients, je connaissais mes routines et j'avais un emploi du temps prévisible. La médecine-chirurgie avait ses défis, mais je savais ce que je faisais.
Puis mars 2020 est arrivé.
Quand tout a basculé
Notre hôpital était submergé. Les lits de réanimation se sont remplis. Puis les débordements ont commencé. Les infirmières de service général ont été envoyées en réanimation par pure nécessité — et j'en faisais partie.
Je me souviens de ma première garde en réanimation COVID comme si c'était hier. Des ventilateurs partout. Des équipes de mise en décubitus ventral qui tournaient jour et nuit. Des patients de mon âge, suffoquant, terrorisés. Des familles qui appelaient sur des iPads parce qu'elles ne pouvaient pas être là en personne.
Je ne m'étais jamais sentie aussi dépassée de ma vie.
Mais je ne m'étais jamais sentie aussi indispensable non plus.
Apprendre en pleine pandémie
Apprendre les soins de réanimation en temps normal, c'est déjà difficile. Les apprendre en pleine pandémie mondiale ? C'est un tout autre niveau.
Il n'y a pas eu d'intégration en douceur. Pas de préceptorat de six mois. C'était plutôt :
- Regarde une fois
- Pose des questions si tu peux
- Ne laisse pas le patient mourir
- Recommence
J'ai appris la gestion du ventilateur en temps réel. J'ai appris les vasopresseurs en les titrant sur des patients en train de décompenser. J'ai appris les techniques de mise en décubitus ventral parce qu'on le faisait douze fois par jour.
C'était brutal. C'était terrifiant. Et pourtant, c'était le travail le plus porteur de sens que j'aie jamais fait.
Pourquoi je suis tombée amoureuse de la réanimation
Ce qui m'a surprise : je n'ai pas juste survécu en réanimation. Je me suis épanouie.
Quelque chose a fait tilt. L'intensité, la réflexion clinique, la résolution constante de problèmes — tout ça correspondait à mon fonctionnement d'une manière que les soins généraux n'avaient jamais atteinte. En service général, j'avais l'impression de faire les choses machinalement. En réanimation, chaque décision comptait.
Ce qui m'a accrochée :
- Les soins individualisés. Deux patients maximum. Je pouvais vraiment connaître mes patients en profondeur.
- La complexité clinique. Chaque jour était un casse-tête — hémodynamique, réglages du ventilateur, interactions médicamenteuses.
- Le travail d'équipe. Les équipes de réanimation sont soudées. On dépend les uns des autres d'une manière qui n'existe pas en service général.
- L'impact. Quand on sauve quelqu'un qui était à quelques heures de mourir, il n'y a rien de comparable.
La décision de reprendre les études
Quand la vague pandémique s'est calmée, j'ai fait un choix qui a surpris tout le monde : j'ai quitté mon poste d'infirmière en soins généraux et je me suis inscrite à un diplôme universitaire de soins intensifs.
Les gens me prenaient pour une folle. "Tu as déjà travaillé en réa pendant le COVID. Pourquoi retourner à l'école ?"
Parce que l'expérience sans formation formelle comporte des lacunes. Le COVID m'a appris à survivre en réanimation. Le diplôme m'a appris à exceller.
Ce que le diplôme m'a apporté :
- Une compréhension approfondie du monitoring hémodynamique
- Une formation formelle à la gestion du ventilateur
- La pharmacologie spécifique aux soins intensifs
- La pratique fondée sur les preuves en réanimation
- Une confiance fondée sur le savoir, pas seulement sur l'adrénaline
Est-ce que ça valait le coup de quitter un emploi rémunéré pendant un an ? Absolument. Découvrez pourquoi la formation formelle en réanimation est si importante.
Conseils aux infirmières de service général qui envisagent la réanimation
Si vous êtes infirmière en service général et que vous pensez à faire le saut, voici ce que je veux que vous sachiez :
Vous ne partez pas de zéro
Vos compétences en médecine-chirurgie sont plus transférables que vous ne le pensez. Évaluation clinique, communication, gestion du temps — vous avez tout ça. La réanimation ajoute de la complexité clinique sur des bases que vous possédez déjà.
Ce sera une leçon d'humilité
Vous passerez du sentiment de compétence à celui de ne rien savoir. C'est normal. Chaque infirmière de réanimation est passée par là, y compris celles qui semblent être nées pour ça. Découvrez à quoi vous attendre lors de votre première année.
Le choc émotionnel est bien réel
En service général, la plupart des patients vont mieux et rentrent chez eux. En réanimation, ce n'est pas toujours le cas. Il faut être prête à affronter plus de décès, plus de deuil des familles et plus de détresse morale que ce que vous avez connu auparavant.
Foncez quand même
Si quelque chose en vous est attiré par les soins intensifs, écoutez cette voix. La réanimation n'est pas qu'un métier — pour la bonne personne, c'est une vocation.
Où j'en suis aujourd'hui
Aujourd'hui, je suis infirmière de réanimation à temps plein avec une formation formelle en soins intensifs. Je travaille dans un service que j'adore, avec une équipe en qui j'ai confiance, et je fais un travail qui me challenge à chaque garde.
Est-ce que je changerais quelque chose à mon parcours ? Pas une seule chose. Le COVID a été dévastateur, mais il m'a montré où était ma place.
Parfois, les pires circonstances révèlent le meilleur de vous-même.
Vous envisagez de passer en réanimation ? Parcourez nos articles pour des conseils pratiques, ou apprenez-en plus sur nous.